(Echos du terrain) – Partis de Tchétchénie en 2004, ils n’ont toujours pas pu déposer leur demande d’asile !

En raison de procédures administratives kafkaïennes, des demandeurs d’asile se retrouvent dans des situations d’errance dramatiques. C’est le cas de la famille A. qui, rejetée d’un pays de l’Union européenne à l’autre, survit dans l’attente d’un examen de sa demande d’asile depuis 10 ans.

La famille A. fait partie des cas emblématiques de la « procédure de réadmission Dublin », selon laquelle c’est le premier pays de l’Union Européenne où ses empreintes digitales ont été enregistrées qui sera responsable de la demande d’asile d’une personne.

En France, pour ces demandeurs d’asile, cela se traduit par de longs mois de clandestinité (de six à dix-huit mois…), sans accès à un hébergement stable, à des ressources et surtout, au droit au séjour !

Cette « procédure de réadmission Dublin » – véritable ping pong entre Etats européens -, montre depuis plusieurs années ses limites : familles en errance pendant de nombreuses années entre plusieurs pays de l’Union Européenne, risque de séparation des familles avec rupture des liens familiaux, violence des déracinements répétés, difficulté dans l’apprentissage des multiples langues, enfants nés dans différents pays et difficultés à se projeter, s’imaginer un avenir…

Sur la route depuis 10 ans, renvoyée deux fois en Pologne, la famille A. fuit vers l’Allemagne, puis l’Autriche, puis vers différentes villes de France. Recherché en Tchétchénie, monsieur A. se sent aussi menacé en Pologne : cousin d’un des principaux opposants au régime, il est considéré en tant que tel comme ennemi du pouvoir et est recherché, ainsi que sa femme et ses enfants, par les autorités et leurs milices.

Monsieur A. est certifié invalide lors de son passage en Allemagne, en attestent les barres de métal qu’il a dans les jambes et dans le dos ainsi que ses cicatrices à la tête. Pour se nourrir, la famille dépend du bon vouloir des associations, des restaurants sociaux où ils peuvent amener leurs enfants et de colis alimentaires qu’ils ne peuvent de toute façon pas cuisiner.

Pour des raisons de procédure administrative, des familles se retrouvent à la rue, contraintes à survivre dans des conditions insalubres.

Pour des raisons de procédure administrative, des familles se retrouvent à la rue, contraintes à survivre dans des conditions insalubres. (Photo Bérengère Savelieff)

Leur parcours d’hébergement est tout aussi chaotique. En France, après cinq mois d’attente avant d’obtenir une simple domiciliation (adresse administrative), le 115 leur propose des hôtels éloignés et difficiles d’accès (avec une grande famille et des bagages tout devient plus compliqué !). Finalement ils trouvent refuge dans un squat insalubre où ils vont vivre 9 mois dans une grande précarité (une seule chambre pour toute la famille).

Et avec tout cela, leur demande d’asile qui n’a toujours pas été examinée par des instances européennes. Qui n’a même pas pu être déposée ! Cette situation administrative interdit à la famille toute stabilisation, qu’elle soit professionnelle pour les parents, scolaire pour les enfants, ou qu’elle prenne très pragmatiquement la forme d’un foyer stable pour toute la famille.

A quand une réforme plus équitable de l’asile, et des décisions concrètes des Etats européens pour une prise en charge collective et solidaire des demandes d’asile ?

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