Portrait de migrant : Riza, depuis 12 ans à Pantin

D’origine bulgare, Riza est en France depuis 12 ans. Autrefois chef d’entreprise, c’est dans la baraque de fortune où il vit à Pantin qu’il nous raconte son parcours d’immigration. Une véritable odyssée à travers toute l’Europe.

« De la France, je ne connais que Pantin« 

Une grande palissade blanche, tout en plastique, et derrière, une baraque de deux pièces où vivent Riza et sa famille depuis bientôt deux ans. Avant cela, le même terrain, une autre baraque. Et entre ces deux hébergements précaires, un voyage en Bulgarie de 10 jours pour voir ses parents malades. À son retour, il retrouve sa baraque saccagée, ses habits et sa voiture volés. Depuis Riza refuse de quitter ce terrain, de peur qu’on ne détruise son lieu de vie. Et espère toujours qu’on lui rende ses affaires…

Bienvenue chez Riza ! La baraque qu'il s'est construit n'est pas dénuée d'humour et d'imagination. (Photo Elise Gilliot)

Bienvenue chez Riza ! La baraque qu’il s’est construite n’est pas dénuée d’humour et d’imagination. Mais elle risque d’être une fois encore détruite, Riza étant sous la menace d’une expulsion. (Photo Elise Gilliot)

Son histoire se centre depuis 12 ans, depuis son arrivée en France en 2002, sur ce terrain en friche, et rayonne dans les limites de Pantin. « J’ai vécu en Bulgarie, à Moscou, à Volgograd, j’ai une fille en Hollande, mais de la France, je ne connais que cet endroit : Pantin », raconte Riza. Et si en 12 ans il n’a vu de Paris que cette commune de la banlieue parisienne, il s’y est installé, liant des liens d’amitié inattendus, avec le directeur de la synagogue au moment de son retour de Bulgarie notamment, ou avec les Géorgiens et Tchétchènes qui occupaient un bâtiment sur cette même friche au moment de son arrivée.

Un petit bout de terrain comme seul port d’attache

C’est sur ce type de liens, ainsi que sur sa détermination à faire vivre sa famille et ne surtout pas avoir de problèmes avec qui que ce soit, que Riza a dû compter depuis son arrivée en France. Après trois mois d’hébergement en hôtel, Riza et sa famille se sont retrouvés à la rue. Ils ont alors vécu six mois, lui et sa femme, dans leur voiture, avant de trouver cette friche. Un terrain où il y avait toute la place de construire une baraque, proche, mais tout de même à l’écart du squat tchétchène où ne vivaient que des hommes.

Riza espère; bientôt il devrait pouvoir lancer son entreprise, grâce à un camion qu’il garde précieusement. C’est son futur gagne pain, la promesse d’une vie meilleure, son espoir d’entreprise auquel il s’accroche. Et cet espoir il le conserve depuis la fin de l’URSS, où dirigeant d’entreprise bulgare à 90 salariés, il s’est vu confisquer son argent et ses économies.

Hostilité envers les Turcophones

Impossible pour lui de se reconstruire dans ce pays où « la terre est belle, mais les gens, les politiques, ils ne sont pas possible ». Dans la jeune Bulgarie, sortant de la tutelle soviétique et luttant encore avec l’héritage de 500 ans d’empire ottoman, l’identité nationale est à construire. Et pour cela, il est inacceptable que des Bulgares ne parlent pas la langue nationale, mais la langue turque, comme Riza et sa femme. « Ici chacun peut parler sa langue, témoigne Riza, là bas ce n’est pas possible, on prend des amendes. Je me souviens d’une fois dans l’autobus, je parlais turc à ma femme, la police est venue et nous a mis une amende. Ils ont changé mon nom aussi, j’ai du dépenser des sommes folles au tribunal pour pouvoir récupérer mon nom de naissance ».

Errances en Europe  

Avec des matériaux de récupération, Riza a mis tout son savoir faire et sa débrouillardise pour construire un abri chaleureux. (Photo Elise Gilliot)

Avec des matériaux de récupération, Riza a mis tout son savoir faire et sa débrouillardise pour construire un abri chaleureux. (Photo Elise Gilliot)

 Parti de Bulgarie, Riza a parcouru l’Europe au gré des opportunités professionnelles mises en avant par des membres de sa famille. Il a d’abord vécu en Allemagne, où il a travaillé plus d’un an dans la maçonnerie, puis est parti en Belgique, où il a travaillé un mois pour gagner les cent euros que lui avait coûté son voyage. Riza retourne ensuite en Bulgarie, où sa situation devait pouvoir s’améliorer. Devant les difficultés économiques qu’il connait encore là bas, il décide de retenter sa chance en Europe de l’Ouest. Il repart en Belgique, travaille cette fois deux semaines pour payer son voyage et part en France, où il est embauché, au noir, le lendemain même de son arrivée. S’enchaînent plusieurs travaux, toujours dans la maçonnerie, pour des durées allant de quelques mois à plusieurs années. N’ayant pas de permis de travail, Riza se confronte aux aléas du travail au noir, promesses d’embauche jamais réalisées, salaires à demi versés, quand ils sont seulement versés.

Entre espoirs et craintes

Le changement de législation concernant les ressortissants roumains et bulgares au 1er janvier 2014 serait censé rendre ses démarches plus aisées. Seulement, si Riza n’a plus besoin d’une carte de séjour pour travailler, elle reste tout de même la clef du logement social promis par la mairie depuis des années. Et après 12 ans à n’avoir pas eu le droit de travailler sur le sol français avec son passeport bulgare et son récépissé, Riza ne comprend pas que la préfecture refuse toujours de lui donner une carte de séjour, demandant des fiches de paie. Cette preuve d’un travail, que la préfecture ne lui a pas autorisé à avoir légalement pendant des années, est maintenant la clef de son titre de séjour. Un non-sens administratif de plus qui laisse Riza absolument perplexe.

Pour l’heure, une autre source d’espoir s’est concrétisée : son petit fils vient d’être scolarisé dans un collège du quartier. Un soulagement pour la famille, et une nouvelle source d’inquiétudes pour Riza, qui a peur que l’intégration de son petit-fils soit rendue difficile par son lieu de vie. « C’est un garçon très gentil, qui se fait facilement des amis, mais quand les autres vont voir où il vit, c’est pas bien, je ne veux pas qu’il ait de problèmes à cause de cela ». Ce qui le ramène au cœur du problème, trouver un moyen de gagner à nouveau un salaire et trouver un appartement pour sa famille.

Pour Riza, la scolarisation de son petit-fils est une joie. Mais, quand on vit dans des conditions précaires, le regard des autres est une inquiétude supplémentaire. (Photo Elise Gilliot)

Pour Riza, la scolarisation de son petit-fils est une joie. Mais, quand on vit dans des conditions précaires, le regard des autres est une inquiétude supplémentaire. (Photo Elise Gilliot)

Sur la situation de Riza, voir aussi : « Un couple de grands-parents bulgares depuis 12 ans en France à la rue ».

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