[Enquête] Les préjugés contre les Roms persistent

La Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme (CNCDH) a publié le 9 avril dernier son rapport sur la Lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie pour l’année 2014. Le chapitre 4 est consacré à la persistance des préjugés anti-Roms. Petit tour d’horizon de l’évolution des préjugés que subissent encore les Roms.

Camp tsigane avec des roulottes, Vincent van Gogh

« Camp tsigane avec des roulottes », Vincent van Gogh. Les arts contribuent à véhiculer les stéréotypes sur les Roms.

Des préjugés en hausse

En 2014, 82% de la population considère les Roms comme un groupe à part, soit 16 points de plus qu’en 2011. Si l’on pose la question sur les gens du voyage, on observe la même hausse (de 70,6% en 2011 à 79,5% en 2014). En comparant avec d’autres groupes minoritaires, on s’aperçoit que les Roms ont l’image d’être un groupe très séparé du reste de la société.

Graphique4.1

Une majorité de Français conserve l’image des Roms comme étant des nomades, voleurs et exploiteurs d’enfants. En effet, 86% de la population pense que les Roms migrants sont en majorité nomades contre 82% en 2012. 82% des Français estime que les Roms exploitent très souvent les enfants et 77,5% considère qu’ils vivent essentiellement de vols et de trafics contre respectivement 75% et 71% en 2012. Depuis ces deux dernières années, ces représentations sont donc en hausse.

A cette image est associée également celle de pauvreté et de misère. Or, cela pose problème dans la perception qu’a la population française de cette catégorie comme l’explique l’enquête. « La représentation des Roms comme pauvres est aussi un problème. C’est le stéréotype d’un groupe ethnique vu comme non stratifié, et donc sans opportunité de mobilité sociale ascendante, sans parcours possible de réussite sociale et d’intégration. Pourtant, la plupart des Roms en France ne vivent pas dans la misère. Mais l’opinion publique ne connaît rien d’eux. […]  La seule visibilité des Roms est ainsi réduite à celle des bidonvilles et de la misère, et ils deviennent donc une population définie par son caractère antisocial, une petite partie de cette communauté masquant la réalité de toute une population. »

L’opportunisme vient s’ajouter à la pauvreté comme caractéristique des Roms dans l’imaginaire populaire alors que de plus en plus de citoyens pensent qu’il est plus facile d’accéder aux aides sociales lorsqu’on est d’origine étrangère ou immigrée. De 2009 à 2014, la proportion de Français pensant que cette assertion est vraie est passée de 44 à 59%. « Ainsi, les représentations qui émergent de l’étude qualitative menée par CSA en 2013 à partir d’entretiens conduits en face à face, faisaient donc référence à un mélange de pauvreté et d’opportunisme. Ce serait dans la culture des Roms d’être des «parasites» profitant du système d’aide sociale, ils s’enrichiraient dans leur pays grâce aux aides au retour. Ils seraient en même temps «hors système» car mendiants, clochards, voleurs et capables de profiter des différentes formes d’aide publique tout en exploitant la générosité du Gouvernement français. »

Une confusion sur la notion de « Rom »

On s’aperçoit qu’en répondant à cette enquête, la population a à l’esprit les Roms venus d’Europe centrale il y a une dizaine d’années et vivant souvent dans des bidonvilles et des campements alors que de nombreuses autres personnes Tsiganes ont adopté un mode de vie similaire à celui de la majorité des Français. Cette petite minorité (20 000 personnes venues de Bulgarie et Roumanie sur un nombre total de 300 000 Tsiganes en France soit 0,6% de la population française) est très visible du fait de ses conditions de vie particulièrement difficiles. La méconnaissance de cette population tend à faire croire que leurs conditions de vie précaires en France est un mode de vie qu’ils ont librement choisi et qu’ils ont toujours connu alors qu’il n’est que la conséquence de problèmes économiques et sociaux ainsi que de l’exclusion.

Graphique4.2

Un racisme anti-Rom minoré

Cette image négative des Roms tend à légitimer ou du moins minorer pour certains citoyens les insultes racistes à l’égard de cette catégorie. 17,4% estiment que l’insulte « sale Rom » ne doit pas du tout être condamnée alors que ce pourcentage retombe à 9,4% si l’insulte est adressée à un Français, 13% à un Juif, 13,7% à un Noir, 15% à un Arabe. « Le pourcentage de personnes qui acceptent des propos racistes et n’envisagent pas une condamnation par la justice reste donc plus élevé quand il s’agit des Roms. »

Des préjugés liés à la représentation des Roms dans les médias

Il semblerait que l’opinion des personnes interrogées lors de cette enquête soit majoritairement influencée par l’image que les médias montrent des Roms. « La haine des Roms est très liée à leur représentation médiatique. […]  Les médias donnent beaucoup d’importance aux comportements illégaux, aux combines, aux expédients. La classe politique aussi s’est focalisée sur les Roms, les a construits comme un problème public, avec des prises de parole souvent très dures, renforçant une approche culturaliste, supposant une incapacité des Roms à s’intégrer. » Plus pervers encore, les médias ne parleraient des Roms que pour évoquer les bidonvilles et la misère, les figeant dans un statut de pauvreté inéluctable. « La représentation médiatique des Roms exerce aussi une influence par la négation des images plus complexes et stratifiées des groupes Tsiganes. Leurs formes de mobilité sociale ascendante, d’insertion dans le marché du travail, et d’intégration dans les sociétés urbaines et rurales françaises ne sont jamais montrées. […]  La stratification sociale des groupes est oubliée; une image de sous-prolétariat et de misère est mise en avant. En partant de bonnes intentions parfois, ces images ont pour effet de réduire la pluralité de condition des Tsiganes en France, de contribuer à la construction d’un imaginaire de vie en marge de la société, et de pauvreté inhérente à une culture et une ethnie. Les Roms et les gens du voyage sont ainsi considérés comme des nouveaux-arrivants, et leur longue histoire d’inscription au sein de la société française est oubliée ou niée. »

Les actions de communication permettent de lutter contre la discrimination des Tsiganes

Parallèlement, la prise de conscience des discriminations faites aux Roms et aux gens du voyage a augmenté parmi la population française même si elle reste encore faible (16%). De même, 40% estiment qu’on ne parle pas assez du génocide des Tsiganes pendant la seconde guerre mondiale contre 35% en 2013. L’enquête suppose que cette évolution est le fruit des campagnes de communication autour d’actions de mobilisation qui ne touche plus uniquement les seuls militants défenseurs des droits de l’Homme. De plus en plus d’ouvrages et de films paraissent sur ces populations, des collectivités se mobilisent pour lutter contre les discriminations sur leurs territoires tandis que les Roms eux-mêmes initient des actions pour lier contact avec les riverains mais également prendre la parole, participer à des événements de sensibilisation. Un constat positif qui donne à Habitat-Cité une nouvelle énergie pour poursuivre ses actions de sensibilisation auprès du grand public et des élus.

Pour accéder au rapport en entier cliquer sur ce lien :  https://fr.scribd.com/doc/261338972/Le-rapport-de-la-CNCDH

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