[Focus projet] Roms, le droit à un travail digne

Habitat-Cité avait réalisé un premier projet-pilote en 2013 – 2014 sur l’insertion professionnelle de Roms roumanophones. Depuis le 1er janvier 2014, les restrictions administratives à l’embauche de citoyens roumains et bulgares étant désormais levées, Habitat-Cité a décidé de reconduire ce projet en travaillant sur les autres obstacles – nombreux – à leur entrée sur le marché français du travail.

Dans l'atelier d'un artisan ferblantier, un des métiers traditionnellement exercés par des Roms en Roumanie.

Dans l’atelier d’un artisan ferblantier, un des métiers traditionnellement exercés par des Roms en Roumanie.

Depuis novembre 2014, Habitat-Cité a lancé un nouveau projet intitulé « Insertion professionnelle de Roms roumanophones éloignés de l’emploi ». Ce projet vise à travailler en profondeur sur les obstacles rencontrés par les Roms dans l’accès à l’emploi, que ce soit la faible maîtrise du français, l’absence de diplômes, la méconnaissance des codes propres à la recherche d’emploi et les difficultés socio-économiques. En effet, quand une famille n’a pas de toit sur la tête et qu’elle doit chaque jour trouver de quoi nourrir les siens, il est difficile de consacrer du temps à la recherche d’emploi.

Une recherche d’emploi chronophage et complexe

Une recherche d’emploi qui s’avère de plus en plus chronophage et complexe pour qui n’en connaît pas les codes entre la rédaction de CV où doit se démarquer la personnalité du rédacteur, l’écriture de lettres de motivation percutantes et à l’approche originale, l’utilisation des réseaux sociaux pour optimiser sa recherche, sans compter l’apprentissage de tous les codes tacites qui régissent les relations au sein de l’entreprise. De quoi trébucher à chaque étape pour qui n’est aucunement familier avec l’ensemble de ces codes. Le niveau d’exigence en termes de compétences et d’aptitudes est quant à lui de plus en plus élevé et cela quelle que soit la catégorie socio-professionnelle. Cette tendance du marché du travail rallonge la période de chômage pour l’ensemble des catégories professionnelles alors que la demande est plus forte que l’offre. Cela est d’autant plus long et difficile pour les personnes très éloignées de l’emploi. Ainsi, la lecture et l’écriture sont désormais requises dans le secteur du nettoyage que ce soit pour déchiffrer les étiquettes des produits de nettoyage ou lire un post-it laissé à leur attention. Or ce secteur compte environ 30% de migrants voire, pour l’Île-de-France, jusqu’à 76% de migrants[1], dont certains sont illettrés.

Répondre aux exigences du marché du travail

Habitat-Cité a donc conçu un projet s’articulant sur plusieurs axes :

  • Un suivi individuel renforcé au niveau de la démarche d’insertion professionnelle : inscription au Pôle Emploi, définition du projet professionnel, remise à plat du CV, recherche d’offres d’emploi et envoi de candidatures
  • Des cours de Français Langue Étrangère (FLE) à visée professionnelle
  • Des ateliers socio-linguistiques autour de l’emploi : rédaction de CV, présentation de soi, simulations d’entretien d’embauche, codes sociaux au travail
  • Des réunions d’information sur les acteurs de l’insertion par l’activité économique

En parallèle, un suivi social individuel est assuré afin d’accompagner les personnes dans l’accès à leurs droits : logement, santé, transport, scolarisation, relations avec les administrations et lutte contre les discriminations. Pour l’association, il est évident que les bénéficiaires ne peuvent se consacrer pleinement à leur recherche d’emploi si leurs besoins sociaux fondamentaux ne sont pas pris en charge.

Ouvrier agricole d'origine roumaine, dans un vignoble du pays nantais.

Ouvrier agricole d’origine roumaine, dans un vignoble du pays nantais.

Un parcours du combattant qui donne des résultats encourageants

Depuis fin janvier, les personnes suivies ont débuté les cours de FLE et les ateliers socio-linguistiques pour une durée de 4 mois. Il ne leur est pas toujours facile d’être assidu aux cours alors qu’ils sont imbriqués dans des stratégies à court-terme contraints d’assurer la survie quotidienne de leurs familles. Aller faire les marchés pour ramener un peu d’argent à la maison semble plus tangible que des cours qui ne donnent aucune garantie de trouver un emploi.

Et pourtant, ce programme a été utile aux anciens bénéficiaires. Florin C., un bénéficiaire de Limeil-Brévannes, a décroché début 2014 un contrat à durée déterminée d’insertion (CDDI) de 2 ans en tant qu’agent d’entretien des espaces verts au sein de la Régie de quartier de Limeil-Brévannes. Elisabeta C., une bénéficiaire de Vincennes, a travaillé pendant 6 mois en 2014 pour trois employeurs différents en tant qu’employée à domicile déclarée par le biais du chèque emploi service universel (CESU). Elle a également travaillé pendant 3 mois en tant qu’aide à domicile pour la société Kid Home. Nicolae C., son mari, travaille depuis septembre 2014 en tant qu’agent d’entretien des espaces verts pour l’entreprise d’insertion Janus de Créteil. Il a des contrats de mission temporaire renouvelés régulièrement.

Même si ces personnes n’ont pas encore décroché de contrat à durée indéterminée, on peut constater qu’elles sont entrées dans un cercle vertueux où les contrats et les missions s’enchaînent, permettant de développer une expérience professionnelle crédible auprès des futurs employeurs et d’étoffer leur CV. C’est un peu la fin de la précarité.

Un projet uniquement pour les Roms ?

Le projet ne s’adresse pas qu’à des Roms roumains puisque des ressortissants roumains non-Roms et des migrants issus des pays russophones participent également aux cours et ateliers. Cela montre que la difficulté des Roms à s’insérer professionnellement ne serait pas liée à une inadaptabilité d’ordre culturel ou ethnique comme on l’entend parfois dans les médias mais bien à des barrières sociales et économiques éprouvées également par d’autres catégories de personnes en France. D’ailleurs, presque tous les Roms travaillent comme ils le peuvent, souvent trop peu pour subvenir à leurs besoins, et presque toujours au noir. Souvent, les employeurs profitent de la situation fragile dans laquelle se trouvent les familles Roms pour ne leur proposer que du travail au noir, accentuant leur précarité. Peut-être que le principal obstacle à l’intégration des Roms ne réside pas dans leur supposée absence de volonté mais au fait qu’on ne leur offre pas les mêmes possibilités qu’aux autres citoyens ? Un travail déclaré et stable est sans aucun doute le meilleur rempart contre l’exclusion.

Ce projet a obtenu le soutien de la Région Île-de-France et de la Fondation Groupe Adecco, fondation sous égide de la Fondation de France.

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[1] Barnier Frédérique, « Emploi précaire, travail indigne : condition salariale moderne dans le nettoyage », dans revue ¿ Interrogations ?, N°12 – Quoi de neuf dans le salariat ?, juin 2011 [en ligne], http://www.revue-interrogations.org/Emploi-precaire-travail-indig

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