[Focus projet] Garantir l’accès aux soins pour les demandeurs d’asile et réfugiés

Habitat-Cité accompagne depuis 2005 des demandeurs d’asile et réfugiés politiques russophones dans l’accès aux droits : assistance juridique et administrative, hébergement, logement, soins, scolarisation, insertion professionnelle. Depuis 2015, l’association a mis en place un projet d’accompagnement individuel pour faciliter l’accès aux soins des migrants les plus vulnérables.

 

Des freins multiples à l’accès aux soins

Dans son local d’accueil du public à Pantin, Habitat-Cité aide les demandeurs d’asile et réfugiés politiques à ouvrir ou prolonger leurs droits à la couverture maladie comme beaucoup d’autres associations venant en aide aux migrants. L’obtention de l’Aide Médicale d’Etat (AME) ou de la Couverture Maladie Universelle (CMU) est la première étape, indispensable,  pour bénéficier de soins. Or, ce qui semble être une simple procédure administrative se révèle être parfois le parcours du combattant pour décrocher le précieux sésame. « Certaines Caisses Primaires d’Assurance Maladie (CPAM) nous redemandent plusieurs fois un document administratif alors que nous l’avons déjà envoyé. C’est une façon délibérée de retarder l’octroi d’une AME ou CMU et, par conséquence, l’accès aux soins ou aux traitements. Il est même arrivé qu’un demandeur d’asile ait reçu son attestation le dernier jour d’ouverture de ses droits», indique la chargée de mission de l’association. Lorsqu’on lui demande les raisons de ces retards administratifs, elle s’interroge sur un système qui, sous prétexte de faire des économies,  exclut de fait les plus démunis.

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Les personnes accompagnées pour raison de santé sont en général des personnes âgées. – Crédits : Stéphane Etienne

Mais l’association s’est rendue compte  que d’autres freins majeurs empêchaient tout autant le public de prétendre aux soins. G., l’une des bénévoles russophones d’Habitat-Cité, évoque la difficulté à se faire comprendre par les médecins pour un public qui maîtrise très peu la langue du pays d’accueil. « Nous voyons des gens qui vont plusieurs fois en consultations mais, faute de se faire comprendre, ils se résignent et mettent de côté leurs problèmes de santé pendant des années jusqu’à ce que la situation soit intenable». L’absence de maîtrise de la langue aboutit parfois à des situations où les patients s’exagèrent les conséquences de leur maladie et s’inquiètent excessivement.  C’est pourquoi l’association a décidé de proposer un accompagnement avec interprétation lors des rendez-vous en milieu hospitalier pour les personnes qui souffrent de pathologies lourdes. Un projet qui a vu le jour grâce au soutien financier de la Fondation Leem et du Fonds de dotation de la Mutuelle France Plus. « Ainsi, le cas d’un enfant qui avait des problèmes urinaires importants et à qui les médecins proposaient de poser un drain. Au début, les parents étaient contre l’opération car ils pensaient qu’elle n’allait pas résoudre le problème de leur fils tout en étant très lourde. Une fois que nous avons pu leur traduire les propos des médecins et lever les incompréhensions, leur inquiétude a disparu et ils ont accepté que leur fils soit opéré. » L’accompagnement des bénévoles est le plus souvent psychologique, permettant de rassurer les patients et les rendre acteurs de leurs parcours de soins.

 

Des problèmes de santé qui reflètent l’histoire et le quotidien difficiles des demandeurs d’asile

Parmi les personnes accompagnées, nous retrouvons principalement des enfants ou des personnes âgées. Les pathologies pour lesquelles le public consulte sont des maladies répandues également dans les autres couches de la population : cancer, leucémie, problèmes cardiaques. Mais il souffre également de pathologies qui lui sont propres et qui reflètent les raisons de son exil. De nombreuses personnes présentent les symptômes d’hépatites et de carences alimentaires, résultat des années d’errance en Europe et en France. D’autres souffrent de stress post-traumatique et certaines ont subi des tortures. Pourtant, si elles se rendent à l’hôpital, ce n’est souvent pas dans l’optique de se faire soigner mais d’obtenir une attestation médicale qui appuiera leur demande d’asile. « Ce sont des personnes qui ne parlent pas de soi et ne se plaignent pas. Elles n’imaginent sans doute pas qu’elles peuvent être soignées. C’est peut-être culturel ou bien lié au fait qu’elles ne veulent pas revivre les épreuves difficiles qu’elles ont subies. » C’est pourquoi des consultations gratuites avec un psychologue russophone sont proposées par l’association. « Les demandeurs d’asile sont prioritaires car ils sont dans une période psychiquement éprouvante où on leur demande sans cesse de relater les faits pour lesquels ils ont fui leur pays. A l’angoisse éprouvée dans leur pays s’ajoute la peur de se voir refuser la demande d’asile », commente la chargée de mission.

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A force d’être ballottées d’un hébergement d’urgence à un autre, beaucoup de familles préfèrent loger dans un squat, offrant plus de stabilité aux enfants. – Crédits : Stéphane Etienne

Enfin, beaucoup de femmes enceintes ne voient un obstétricien que dans les derniers mois de grossesse, voire même aucun avant l’accouchement. Cela peut s’expliquer par les nombreux problèmes auxquels elles font face (réaliser la demande d’asile, trouver un hébergement et des colis de nourriture, s’occuper des enfants et des démarches administratives en tout genre) et consulter un médecin n’est pas leur priorité. Le fait de déménager d’un hébergement d’urgence à un autre tous les 2 ou 3 jours laisse également peu de temps à ces démarches, sans compter que ces déménagements intempestifs épuisent les femmes enceintes et mettent la vie de leur bébé en danger. L’association effectue la médiation auprès du 115 (plateforme téléphonique du samu social pour l’hébergement d’urgence) afin de stabiliser le plus tôt possible ces femmes enceintes dans un seul et unique hébergement d’urgence, au moins le temps de la grossesse. « C’est là où l’on voit que tous les axes de l’accès aux droits sont interconnectés. Pour pouvoir être soigné correctement, il faut également être logé dans un lieu salubre et digne, pérenne » ajoute la chargée de mission. L’association a ainsi permis à des réfugiés en fin de vie vivant en squat d’être acceptés à l’hôpital en soins palliatifs pour terminer leurs jours dignement.

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Les conditions de vie précaires des demandeurs d’asile contribuent à la dégradation de leur état de santé. – Crédits : Bérengère Savelieff

La chargée de mission salue le travail de médiation et d’interprétariat réalisé par tous les bénévoles de l’association mais malheureusement il ne permet pas à chaque bénéficiaire de prétendre à un accompagnement, ceux souffrant de pathologies lourdes étant privilégiés. Par ailleurs, beaucoup de personnes parmi le public font des demandes pour faire traduire des documents médicaux mais les bénévoles se concentrent avant tout sur la traduction de documents pouvant étayer les demandes d’asile des bénéficiaires. « Les associations ne peuvent pas tout prendre en charge à elles seules. A Londres, des interprètes sont payés par les hôpitaux pour assurer la médiation entre les patients étrangers et le personnel médical », conclut l’une des bénévoles. En France, aucun budget pour l’interprétariat n’est dégagé et chaque année de nombreux migrants ne se font pas soigner. Habitat-Cité ne baisse pas les bras pour autant et compte poursuivre ce travail d’accompagnement et d’interprétariat avec davantage de bénévoles.

 

Ce projet est soutenu financièrement par la Fondation Leem sous égide de la Fondation de France et le Fonds de dotation de la Mutuelle France Plus.

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