[Focus projet] Micro-crédits : en avant toutes !

Chaque année, Habitat-Cité et la Casa de la Mujer accordent un micro-crédit à plus de 85 femmes pour les aider à développer leur activité économique. Avec comme objectif l’autonomie de ces femmes qui, pour la plupart, habitent des bidonvilles et sont mères célibataires.

 Petites sommes et grandes ambitions

« Au Nicaragua, pour avoir un compte en banque, il faut qu’il soit alimenté en permanence d’un minimum de 200 $. » explique Juan-Carlos, responsable des micro-crédits à la Casa de la Mujer. « C’est une somme impossible à réunir pour les habitantes des bidonvilles. Elles sont donc exclues des systèmes bancaires. » On pourrait penser que ce n’est pas forcément une mauvaise chose ! Mais lorsqu’elles ont besoin d’argent, en cas de maladie, licenciement, divorce, pour leur logement ou pour leur petit commerce, elles sont alors obligées d’emprunter à des usuriers, qui réclament des intérêts très élevés. C’est vite un piège infernal…

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Fanny a réussi a lancé sa petite entreprise de confection grâce à un micro-crédit. Quand son carnet de commandes déborde, elle fait appel aux couturières de son quartier. (Photo Stéphane Etienne)

Au Nicaragua, le secteur informel représente 80 % de l’emploi total. Tous les micro-crédits que nous octroyons concernent le développement d’une activité dans le secteur informel : vendeuses ambulantes, cuisinières, couturières. « En général, le micro-crédit leur permet de franchir un palier. Comme de proposer d’autres produits à vendre ou de passer de la vente ambulante au petit commerce d’étal. Pour d’autres, il permet de leur remettre le pied à l’étrier après un accident de la vie. »

Les micro-crédits accordés vont de 50 à 200 $. Cela paraît peu, et les délais de remboursement – 6 mois en moyenne – sont très courts. « Mais ils sont renouvelables et nous devons nous assurer qu’elles ne risquent pas de s’endetter ! » argumente Juan Carlos. La première somme empruntée est modeste, mais si tout se passe bien, la bénéficiaire peut emprunter par la suite des sommes plus élevées.

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Maricella est ravie de l’essor de son étal de téléphones portables et gadgets électroniques. « En quelques mois, j’ai triplé la mise ! » (Photo Stéphane Etienne)

Un programme pour sortir de la précarité

Les micro-crédits sont octroyés selon des critères sociaux. Les demandes émanent des femmes elles-mêmes ou bien des leaders de quartier qui identifient des personnes en situation précaire et les signalent à la commission de sélection. Le comité de sélection est constitué de salariés de la Casa de la Mujer, de Nadège Quintallet, Volontaire de Solidarité Internationale pour Habitat-Cité et de leaders de quartier. Il se réunit régulièrement pour se prononcer sur les dossiers présentés.

Les bénéficiaires des maisons construites par la Casa de la Mujer et Habitat-Cité sont également prioritaires. « En plus de leur implication en main d’œuvre, les familles pour lesquelles nous construisons des maisons s’engagent à apporter une contribution financière. Mais nous nous sommes rendus compte que les bénéficiaires les plus pauvres avaient souvent du mal à rembourser ces mensualités, même si elles sont faibles», explique Annabella Orange, directrice d’Habitat-Cité. « Nous avons donc décidé de les inclure dans le programme de micro-crédit. Nos actions d’amélioration des conditions de vie dans les bidonvilles ne visent pas seulement à donner un toit aux familles mais à les sortir globalement d’une situation de précarité et d’exclusion. »

Preuve du succès du programme, le taux de recouvrement des micro-crédits est très élevé. Une fois remboursé, le micro-crédit peut donc être accordé à une autre femme et, de fil en aiguille, créer une chaîne de solidarité dynamique, à l’image des « tontines » africaines.

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Le « natacamale » est le plat dominical des Nicaraguayens. Clara et sa mère en ont fait leur spécialité. (Photo Stéphane Etienne)

 « Trouver le bon créneau »

Juan Carlos connait bien ces femmes entrepreneuses et, selon lui, certaines ont un vrai don pour le commerce. « Elles ont l’intuition de ce qui va plaire, du créneau à prendre, elles essaient de se démarquer. Elles font du marketing sans le savoir ! »

Mais beaucoup d’autres femmes qui se lancent dans le petit commerce reproduisent ce que d’autres font déjà : la vente de fruits, de vêtements d’occasion ou les petites épiceries… C’est souvent vers ces secteurs qu’elles s’orientent en priorité car ils leur paraissent plus accessibles. Mais les marges sont dérisoires et la concurrence rude. « Notre rôle est de les guider, de les conseiller. » assure Juan Carlos. Une formation en gestion et en marketing conçue spécialement pour les bénéficiaires de micro-crédit leur est proposée. Juan Carlos leur rend souvent visite là où elles travaillent, discuter de leurs problèmes et de leurs projets, les conseiller et, surtout, les encourager. « C’est du coaching individualisé » conclue-t-il.

 Etre imaginatif : la clef du succès

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Pour relancer sa petite épicerie, Maria a ouvert un « parking à vélos » (Photo Stéphane Etienne)

Maria tenait une pulperia, une petite épicerie de quartier,  en face de la zone franche. Malgré le nombre d’employés des industries textiles voisines, elle n’était pas satisfaite de son petit commerce. Sa maison est en partie inoccupée. Elle a alors l’idée de convertir la plus grande pièce en parking à vélos. La bicyclette est le moyen de transport le plus courant de Granada. Il y en a aujourd’hui 90 soigneusement alignées chez Maria. « J’étais la première à faire du gardiennage de vélos. En ville, ça coûte 2 cordobas par jour. Moi, je ne fais payer que 2 cordobas par semaine. Mais ça amène beaucoup de clients dans ma petite boutique, qui est mitoyenne. » Gardien de ce temple du MBK, une perruche aux vert et jaune éclatants qui prend les guidons pour d’accueillants perchoirs.

D’autres ont trouvé l’emplacement idéal. « C’est devant la prison ! » affirme Gloria en riant. « Je suis la seule à y vendre bonbons, cigarettes, boissons… Ici, à l’écart de la ville, je n’ai pas de concurrence. » Des dizaines de femmes avec leurs enfants attendent l’heure des visites sous un soleil de plomb. La clientèle est bien là, il suffisait de trouver un moyen de transport. « C’est la police qui me conduit ici ! Ils sont très gentils, on est contents de faire le trajet ensemble. » Habillée du traditionnel tablier blanc en dentelle qu’arborent les vendeuses ambulantes, Gloria va même jusqu’aux villages de Diriomo et Diria, grâce au « co-voiturage » de la police, pour écouler le contenu de son précieux panier en osier.

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Pour Gloria, le meilleur emplacement pour son commerce, c’est devant la prison !  (Photo Stéphane Etienne)

Gagner son indépendance

Pour certaines, le développement de leur micro-entreprise offre de nouvelles opportunités. Comme Sabrina qui, depuis un an, a repris des études en parallèle de son activité. Tous les matins, elle suit des cours de technicienne en laboratoire clinique. Elle a bon espoir d’être embauché dans ce secteur qu’elle apprécie, et où les salaires sont plus attractifs. Pour financer ses études, elle continue deux à trois après-midi par semaine de se rendre en bus au grand marché de Managua, la capitale. Au marché Oriental, véritable petite ville avec ses ruelles en dédale, elle achète tous les produits que lui commandent les boutiques de Granada : cosmétiques, parfums, mais aussi sous-vêtements ou papeterie. Sabrina s’est créé un véritable réseau de distribution !

Nadia, quant à elle, était cuisinière dans un restaurant. Suite à une maladie, elle a perdu son emploi. Seule pour élever ses enfants, elle s’est débrouillé un temps avec l’aide des amis et de la famille. Mais les dettes ont commencé à s’accumuler et elle s’est retrouvée sous la menace d’être expulsée de son logement.

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Après la vente de plats sur commande qu’elle cuisine chez elle, Nadia pense à un nouveau micro-crédit pour lancer sa production de fromages. (Photo Stéphane Etienne)

Grâce au micro-crédit, Nadia a pu créer son emploi. Elle prépare des repas sur commande qu’elle livre dans tout le quartier aux commerçants du marché central de Granada. Rapide, Nadia s’affaire dans sa cuisine. Aujourd’hui, un gallo pinto, plat traditionnel à base de riz et de haricots rouges. Maintenant qu’une amie vient l’aider pour livrer, son activité lui permet de travailler chez elle et de s’occuper de ses deux filles. Un luxe que son ancien emploi ne lui aurait pas permis. Et aussi de penser à l’avenir : le lancement de sa propre production de fromages ! Une rareté à Granada.

Micro idée ?  

Le micro-crédit n’est pas un nouveau moyen de combattre la pauvreté. Il s’est développé dans les années 80 alors que les Etats réduisaient leurs politiques en faveur de l’emploi et les programmes sociaux. Il ne s’attaque pas aux causes structurelles de la pauvreté, ni à l’iniquité de la rétribution du travail des femmes. Les défis sont donc immenses et l’impact des micro-crédits parait dérisoire.

Mais l’obtention d’un micro-crédit peut permettre d’enclencher un « cercle vertueux » pour sortir de la grande précarité. Au Nicaragua, le secteur informel est bien souvent un passage obligatoire vers la formalité pour les personnes qui veulent démarrer une petite entreprise, ou simplement mieux gagner leur vie. Les réussites de Sabrina, Nadia, Victoria et de toutes ces femmes courageuses le prouvent. « Les petits ruisseaux font les grandes rivières » conclue Juan Carlos.

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FOCUS PROJET

Depuis 2011, Habitat-Cité et la Casa de la Mujer, notre partenaire au Nicaragua, attribuent une centaine de microcrédits chaque année. Les bénéficiaires sont majoritairement des femmes qui retrouvent ou commencent une activité dans les domaines de la vente ambulante, la petite restauration et la couture.

Chaque microcrédit, entre 60 et 180 dollars, est remboursable sur une durée de 6 mois en moyenne. Il s’accompagne d’une petite formation en gestion et comptabilité. Un salarié de la Casa de la Mujer est chargé de conseiller les femmes entrepreneuses.

Un projet soutenu financièrement par la Fondation Abbé Pierre.

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