[Focus projet] Le français comme seconde chance

« Je n’ose pas parler »

« Je n’ose pas parler en français ; j’ai peur de faire des fautes » avoue Samira, le regard baissé, intimidée. Pourtant, pas une once d’accent dans le ton et aucune erreur de syntaxe à l’horizon. « Il est difficile d’imaginer à quel point certaines personnes sont complexées. Même des francophones sont mal à l’aise, pas seulement pour écrire en français mais aussi pour s’exprimer oralement », indique la salariée qui reçoit les candidats en entretien.  Un terrible frein dans la vie quotidienne et professionnelle. Assise au bord de la chaise, Samira répond depuis une dizaine de minutes aux questions de la salariée avec l’espoir d’être inscrite à la formation linguistique à visée professionnelle qu’Habitat-Cité propose depuis 2017. « J’avais 14 ans quand je suis arrivée d’Algérie et j’ai été scolarisée un an en France. Je vivais dans un foyer pour jeunes. Puis ma tante m’a prise avec elle mais je n’ai pas continué l’école. On ne me l’a pas proposé. Maintenant, je regrette. »

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Les formations linguistiques à visée professionnelle ont commencé à Pantin en janvier 2017.

Une deuxième chance

Des hommes et des femmes défilent dans le petit bureau, de tous les continents, de tous les âges. Avec bien souvent des récits de vie incroyables, des épreuves qui pourraient sembler insurmontables mais beaucoup de patience et de persévérance dans les regards. Certaines personnes, si elles avaient bien été prises en charge au moment de leur arrivée en France, auraient pu éviter par la suite de se retrouver dans des impasses. Ainsi, ce monsieur qui arrivé en France à 12 ans n’a pas été orienté vers une classe d’accueil. Il était francophone mais n’avait pas appris à lire et écrire en français. « Le professeur ne s’occupait pas de moi ; je restais au fond de la classe. Puis j’ai fait un CAP en alternance et là on m’a proposé des cours de remise à niveau. Aujourd’hui que je me retrouve au chômage, je veux d’abord en profiter pour bien apprendre le français. C’est indispensable pour travailler. »

Se reconvertir grâce au français

Beaucoup de personnes ont fait sans le français pendant une longue partie de leur vie professionnelle. Elles occupaient des métiers qui ne nécessitaient pas un haut niveau d’acquisition de la langue. Et puis un jour, elles perdent leur travail. Licenciement économique ou encore accident du travail. « Nous avons reçu pas mal de personnes qui ne peuvent plus exercer leur métier d’agent d’entretien à cause d’une hernie discale ou encore de l’impossibilité d’utiliser leur bras » indique la salariée d’Habitat-Cité. La prévention des maladies du travail ne s’est développée que ces dernières années. Aujourd’hui, il faut se reconvertir. « Moi, j’ai une expérience dans la sécurité mais maintenant ce n’est plus possible. Alors, j’ai pensé à gardien de parc », avance Mamadou. Mais les emplois adaptés aux personnes ayant un handicap nécessitent souvent une meilleure maîtrise de la langue française que celle exigée sur des emplois tels que dans la sécurité ou le nettoyage.

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Les participants à la formation visitent des entreprises pour découvrir de nouveaux métiers et – pourquoi pas – poser leur candidature.

Bouffée d’air frais ou bouée de secours

Pour certains s’ajoutent des exigences spécifiques qui rendent difficile la recherche d’une alternative. « Je ne dois pas rester plus de deux heures assis ou debout. Il faut que j’aie une activité professionnelle qui me permette de changer souvent de position », explique Eduardo, un homme d’un certain âge dont les deux années de chômage ont entamé le moral. « C’est très difficile de rester toute la journée à la maison quand on a travaillé toute sa vie. On ne voit personne, on ne fait rien d’utile. » Les épaules voutées, le soupir en disent long sur l’espoir qui s’étiole de commencer une nouvelle vie professionnelle à 50 ans passés. La formation linguistique est souvent vue comme une bouffée d’air frais dans un quotidien immuable, voire une bouée de secours pour des personnes qui fondent tous leurs espoirs sur elle. « Mon conseiller m’a placé sur une formation linguistique de 9 mois mais il n’y aura de la place qu’en septembre 2018 ! Qu’est-ce que je vais faire d’ici là ? Il faut que je prenne de l’avance sur le français le plus possible », déclare Claudia, au chômage depuis son accident du travail survenu en 2014. « Mes enfants qui sont à l’université me donnent des cours à la maison. Mais ils n’ont pas beaucoup de temps pour moi. Ils me disent « Maman, il faut que tu trouves une école ! ». Le regard lumineux de Claudia lorsqu’on lui annonce qu’elle est acceptée dans la formation montre qu’un changement vient déjà de s’amorcer.

Une ouverture sur l’extérieur

 « Au bout d’un mois de formation, les personnes ont déjà une attitude différente. Elles ont créé des liens avec les autres participants, elles découvrent des lieux qu’elles n’avaient jamais fréquentés ici en France comme la bibliothèque municipale ou un musée lors des sorties culturelles. » Le quotidien fait de travail, de débrouilles, de papiers administratifs à régler ne laisse que peu de place à la découverte d’une ville qu’une partie de ses habitants connaissent finalement peu. « Il est très important de mettre les participants en contact avec des structures administratives, sociales, culturelles qu’ils pourront continuer à fréquenter à l’issue de la formation. Le problème bien souvent c’est qu’ils restent dans leur famille, leur cercle d’amis qui fait partie de la même communauté et ils ne pratiquent pas assez le français. » Ce sont aussi des espaces de sociabilisation qui permettent de ne plus être seuls et de trouver les ressources pour poursuivre son projet personnel et professionnel. « Beaucoup de choses se passent dans l’apprentissage du français. Ce n’est pas qu’une question de grammaire. On travaille énormément l’autonomie, la prise de confiance, l’ouverture vers l’autre ».

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Photo de groupe lors de la visite du showroom d’une entreprise en insertion qui transforme le bois et le fer en mobilier design.


FOCUS PROJET – Formation linguistique à visée professionnelle

Ce projet est destiné aux personnes éloignées de l’emploi qui rencontrent des difficultés linguistiques. Les personnes sont inscrites dans un parcours de formation qui comprend 250 heures de français, des ateliers de simulation aux entretiens d’embauche et des rencontres avec des entreprises dans le secteur de l’insertion. Les participants sont préparés à l’issue de la formation à l’examen DELF (Diplôme d’Etude de la Langue Française) reconnu sur la plan national et permettant d’accéder à une formation professionnelle qualifiante ou de trouver plus facilement un emploi.

Ce projet est financé par l’Union européenne. L’Europe s’engage en France avec le programme national opérationnel « Emploi et Inclusion ». Il est co-financé également par la Préfecture de Seine-Saint-Denis, Est-Ensemble, la Fondation Banque populaire Rives de Paris et la Fondation Abbé Pierre.

LogoFSE_IDF    Logo_Pref_93    LogoEE_GrandParis_rouge.jpg     Logo Fondation Banque populaire     Logo_FAP_2017    Logo_UE

Habitat-Cité propose, outre cette formation intensive, des cours de Français Langue Etrangère (FLE) à raison de 4 heures hebdomadaires aux personnes qui ne sont pas en recherche d’emploi mais qui visent une plus grande autonomie dans leur vie quotidienne.

 

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